Les trois étapes d’une thérapie EMDR : prendre conscience, comprendre, traiter
Une thérapie EMDR n’est pas une succession de séances au hasard. Prendre conscience, comprendre l’origine, puis traiter : voici comment se construit l’accompagnement, séance après séance.
Quand on envisage une thérapie EMDR, on se demande souvent comment cela va se passer. Va-t-on tout de suite parler de choses douloureuses ? Combien de temps cela va-t-il durer ? Que se passe-t-il pendant les premières séances ? Dans ma pratique, que ce soit en cabinet ou en ligne, l’accompagnement suit presque toujours la même structure en trois temps : prendre conscience du problème, comprendre son origine, puis le traiter. Voici comment se construit ce chemin, et pourquoi chaque étape compte.
Pourquoi une structure en trois temps ?
On imagine parfois l’EMDR comme une technique « magique » où l’on bouge les yeux et où tout se règle. La réalité est plus fine. Les stimulations bilatérales ne sont efficaces que si l’on sait précisément sur quoi travailler, et si la personne dispose des ressources pour traverser les émotions qui vont émerger.
Commencer le retraitement trop tôt, sans avoir compris d’où vient la difficulté, c’est un peu comme réparer un toit sans savoir d’où vient la fuite. On risque de travailler sur des souvenirs secondaires, ou de se retrouver submergé. À l’inverse, rester des mois à analyser sans jamais traiter, c’est comprendre son problème sans s’en libérer.
La structure en trois temps permet d’éviter ces deux écueils. Elle donne un cap clair : vous savez où vous en êtes et où vous allez.
Première séance : prendre conscience du problème
La première séance est une séance de rencontre et de mise au clair. Il n’y a pas de retraitement, pas de stimulation. L’objectif est de mettre des mots sur ce qui vous fait souffrir aujourd’hui.
Cela peut sembler évident, mais ça ne l’est pas toujours. Beaucoup de personnes arrivent avec un malaise diffus : « je ne me sens pas bien », « je n’arrive pas à avancer », « je me retrouve toujours dans les mêmes relations ». Ensemble, nous allons préciser :
- ce qui se passe concrètement : dans quelles situations la difficulté apparaît, comment elle se manifeste dans vos pensées, vos émotions et votre corps ;
- ce que cela vous coûte : dans votre vie personnelle, professionnelle, relationnelle ;
- ce que vous souhaitez changer : à quoi ressemblerait votre vie si ce problème prenait moins de place.
Cette prise de conscience est déjà un premier pas thérapeutique. Nommer précisément une difficulté, c’est commencer à prendre de la distance avec elle. C’est aussi le moment où vous découvrez comment je travaille, et où vous pouvez sentir si la relation vous convient. En ligne comme en cabinet, cette relation de confiance est la base de tout.
Deuxième séance : comprendre l’origine du problème
La deuxième séance est consacrée à la compréhension. Nous remontons le fil pour identifier d’où vient la difficulté.
C’est là qu’intervient mon approche des stratégies de survie. Je pars du principe que nous sommes des êtres adaptatifs : pour traverser certains moments de notre vie, nous avons mis en place des stratégies qui nous ont protégés. Se faire petit pour éviter les critiques. Plaire à tout prix pour ne pas être abandonné. Rester sur ses gardes parce que l’environnement était imprévisible. Tout contrôler pour ne plus jamais être pris au dépourvu.
Ces stratégies étaient intelligentes au moment où elles sont nées. Mais elles continuent de fonctionner à l’âge adulte, alors que le contexte a changé, et elles finissent par coûter cher. Le manque d’estime de soi, la dépendance affective ou l’anxiété en sont très souvent la trace.
Pendant cette séance, nous cherchons donc :
- les expériences clés qui ont installé la stratégie : un événement marquant, mais aussi parfois des situations répétées et apparemment banales ;
- la croyance qui s’est formée à ce moment-là, comme « je ne vaux rien », « je suis en danger » ou « je dois être parfait » ;
- la stratégie qui en a découlé, et la manière dont elle se rejoue aujourd’hui.
Cette séance sert aussi à installer des ressources : un lieu sûr imaginaire, des exercices de respiration, des images apaisantes. Elles vous permettront de vous apaiser si une émotion devient forte pendant le retraitement, et entre les séances. C’est une étape essentielle pour travailler en sécurité, en particulier en ligne.
Beaucoup de personnes vivent cette deuxième séance comme un soulagement. Comprendre que sa difficulté a une origine, et qu’elle a eu une fonction, change le regard que l’on porte sur soi. Ce n’est plus « je suis comme ça », mais « j’ai appris à fonctionner comme ça pour survivre ».
À partir de la troisième séance : traiter le problème
C’est à partir de la troisième séance que commence le retraitement en EMDR à proprement parler. Nous partons des souvenirs identifiés lors de la séance précédente.
Pour chaque souvenir cible, vous évoquez brièvement l’image la plus marquante, la croyance négative associée, l’émotion et l’endroit où vous la ressentez dans le corps. Puis viennent les séries de stimulations bilatérales : en ligne, avec Remote EMDR, un point qui se déplace sur l’écran ou des sons alternés dans le casque. Entre chaque série, je vous demande simplement ce qui vient, sans chercher à analyser.
Au fil des séries, la charge émotionnelle du souvenir diminue. Des liens se font, des prises de conscience émergent. On termine en renforçant une croyance plus juste sur vous-même : « je suis en sécurité maintenant », « j’ai de la valeur », « j’ai le droit d’exister ».
Le traitement se fait en trois directions :
- Le passé : les souvenirs qui ont installé la stratégie de survie.
- Le présent : les situations actuelles qui la déclenchent encore.
- Le futur : la manière dont vous souhaitez réagir désormais, que l’on prépare en imaginant les prochaines situations.
Combien de séances faut-il au total ?
C’est la question que tout le monde se pose, et je ne peux pas y répondre à l’avance de manière honnête. Cela dépend de votre histoire, du nombre de souvenirs à traiter et de votre rythme. Une difficulté liée à un événement unique et récent peut parfois se travailler en quelques séances. Une stratégie de survie installée depuis l’enfance demande généralement plus de temps.
Ce que je peux vous dire, c’est que nous faisons le point régulièrement. Vous savez toujours où nous en sommes, et vous restez libre d’arrêter ou de faire une pause quand vous le souhaitez. Je ne promets jamais un nombre de séances ni un résultat garanti.
En ligne ou en cabinet, la même structure
Cette structure en trois temps est identique, que vous me consultiez en cabinet ou en visio depuis n’importe où en France. En ligne, la seule différence concerne les outils de stimulation. Si vous hésitez sur le format, lisez la page dédiée à la consultation à distance et à ses avantages.
Pour mieux comprendre les mécanismes de protection dont nous parlons dans la deuxième séance, vous pouvez aussi lire sur Écho Évolution l’article colère, retrait, hypercontrôle : les stratégies de survie post-traumatiques.
Prendre conscience, comprendre, traiter : trois étapes simples sur le papier, mais qui donnent à la thérapie toute sa cohérence.