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25 octobre 20269 min de lecturePar David Pyon

Stratégies de survie : pourquoi l’EMDR ne concerne pas que le trauma

On associe l’EMDR aux grands traumatismes. Pourtant, la plupart de nos difficultés viennent de stratégies de survie mises en place pour traverser des moments bien plus ordinaires.

Deux mains qui tiennent délicatement une jeune pousse de plante dans la terre

Quand on entend parler d’EMDR, on pense spontanément aux victimes d’attentats, d’accidents ou de catastrophes. C’est logique : c’est pour le stress post-traumatique que l’EMDR est le mieux étudié et que l’Organisation mondiale de la santé le recommande depuis 2013. Pourtant, dans ma pratique, la majorité des personnes que j’accompagne ne viennent pas pour un « grand » traumatisme. Elles viennent parce qu’elles ne s’aiment pas, parce qu’elles s’oublient dans leurs relations, parce qu’un deuil ne passe pas, parce que l’angoisse les empêche de vivre. Et l’EMDR peut les aider, à condition de comprendre ce qui se cache derrière ces difficultés : des stratégies de survie.

Nous sommes des êtres adaptatifs

Toute mon approche repose sur une conviction : nous sommes des êtres adaptatifs. Depuis notre naissance, nous cherchons à survivre, physiquement mais aussi émotionnellement. Quand nous traversons une situation trop lourde pour nous, notre psychisme trouve une solution pour tenir. Cette solution, c’est une stratégie de survie.

Prenons quelques exemples très concrets :

  • Un enfant régulièrement critiqué apprend à se faire petit. S’il ne se montre pas, il ne peut pas être pris en défaut.
  • Un enfant qui vit un lien instable, avec un parent tantôt présent, tantôt absent, apprend à plaire à tout prix. C’est sa meilleure chance de garder l’affection.
  • Un enfant qui grandit dans un climat imprévisible apprend à rester sur ses gardes. Anticiper le danger, c’est se protéger.
  • Un enfant à qui l’on confie trop de responsabilités apprend à tout contrôler. Lâcher prise, c’est risquer que tout s’effondre.
  • Un enfant submergé par des émotions que personne n’accueille apprend à ne plus rien ressentir. Se couper de ses émotions, c’est ne plus souffrir.

Ces stratégies sont remarquablement intelligentes. Elles ont permis à l’enfant de traverser son enfance. Elles méritent d’être respectées, pas combattues.

Quand la protection devient une prison

Le problème, c’est que ces stratégies ne s’arrêtent pas d’elles-mêmes. Elles s’inscrivent profondément dans notre système nerveux, et elles continuent de fonctionner à l’âge adulte, alors que le contexte a complètement changé. Ce qui nous a protégés hier finit par nous limiter aujourd’hui.

  • Se faire petit peut devenir un manque d’estime de soi et une difficulté à prendre sa place.
  • Plaire à tout prix peut devenir une dépendance affective et une incapacité à dire non.
  • Rester sur ses gardes peut devenir de l’anxiété, de l’hypervigilance et des troubles du sommeil.
  • Tout contrôler peut devenir du perfectionnisme, de l’épuisement et une peur de l’échec.
  • Ne plus rien ressentir peut devenir un sentiment de vide et une difficulté à se relier aux autres.

C’est pour cela que je dis souvent que la plupart des souffrances que je rencontre au cabinet sont issues de stratégies de survie. La mésestime de soi n’est pas un défaut de caractère. La dépendance affective n’est pas une faiblesse. Ce sont des adaptations qui ont eu un sens, et qui n’en ont plus.

Les petits « t » et les grands « T »

Les praticiens de l’EMDR distinguent souvent deux types d’expériences. Les traumatismes avec un grand « T » sont des événements où la vie ou l’intégrité ont été menacées : accident, agression, catastrophe. Les traumatismes avec un petit « t » sont des expériences moins spectaculaires, mais vécues sans soutien ou de manière répétée : une humiliation à l’école, des comparaisons permanentes avec un frère ou une sœur, un parent émotionnellement absent, un déménagement vécu dans la solitude, une rupture amoureuse à l’adolescence.

Pris isolément, ces moments semblent anodins. Beaucoup de personnes me disent d’ailleurs : « je n’ai pas vécu de traumatisme, mon enfance était normale ». Mais ces expériences s’accumulent et installent des croyances profondes : « je ne suis pas assez bien », « je dérange », « on finira par m’abandonner », « le monde est dangereux ». Ce sont ces croyances, et les stratégies qui en découlent, que l’EMDR permet de travailler.

Ce que l’EMDR permet de travailler

Parce qu’il agit sur les souvenirs qui ont installé ces croyances, l’EMDR peut être utilisé pour accompagner de nombreuses difficultés :

Je tiens à être transparent : pour ces thèmes, en dehors du stress post-traumatique, l’EMDR fait partie de mon approche clinique, et les études scientifiques sont moins nombreuses. C’est pourquoi je prends toujours le temps, lors des premières séances, de vérifier avec chaque personne que cette méthode est adaptée à sa demande.

Comment l’EMDR libère une stratégie de survie

On ne se débarrasse pas d’une stratégie de survie en se raisonnant. Vous savez peut-être très bien, intellectuellement, que vous avez de la valeur ou que votre partenaire ne va pas vous quitter. Pourtant, la peur ou la dévalorisation reviennent. C’est normal : la stratégie n’obéit pas à la logique, elle est ancrée dans des expériences vécues, avec leurs émotions et leurs sensations.

L’EMDR agit justement à ce niveau. Lors de la deuxième séance, nous identifions les expériences qui ont installé la stratégie. Puis, à partir de la troisième séance, nous les retraitons avec les stimulations bilatérales. Quand le souvenir perd sa charge émotionnelle, la stratégie qu’il avait installée n’a plus besoin de tourner. Une croyance plus juste peut prendre sa place, et de nouveaux comportements deviennent possibles.

Le passé ne change pas. Mais la place qu’il prend dans votre présent, elle, peut changer profondément.

Une approche possible en ligne

Ce travail peut tout à fait se faire à distance. J’accompagne en visio des personnes de toute la France avec Remote EMDR, un logiciel conçu pour l’EMDR en ligne. La structure est exactement la même qu’en cabinet. Pour en savoir plus, découvrez comment se passe une séance en ligne et les avantages de la consultation à distance.

Pour approfondir le sujet, je vous invite à lire sur Écho Évolution l’article colère, retrait, hypercontrôle : les stratégies de survie post-traumatiques, ainsi que comprendre la peur du regard des autres et retrouver confiance en soi.

Vos difficultés ne sont pas des défauts. Ce sont les traces d’un être qui a su s’adapter pour survivre. Il est peut-être temps, aujourd’hui, de lui permettre de vivre plus librement.

Faire le premier pas, c’est déjà avancer.

En visio, partout en France, depuis chez vous. Le premier échange permet de voir ensemble si l’EMDR est adapté à votre situation.

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